Congé menstruel en Loire-Atlantique – Une expérimentation malgré la loi
Le débat sur le congé menstruel prend une nouvelle dimension en France, alors que le département de Loire-Atlantique lance ce 30 juin 2025 une expérimentation inédite, en dépit de l’opposition de la préfecture et de l’absence de cadre légal national. Cette initiative, qui vise à permettre aux femmes souffrant de règles douloureuses de s’absenter sans perte de salaire, relance la question de la reconnaissance des douleurs menstruelles dans le monde du travail et met en lumière les enjeux de santé, d’égalité et de droit social.
Une démarche pionnière et contestée
Le conseil départemental de Loire-Atlantique a décidé d’accorder à ses agentes un congé menstruel de deux jours par mois, sur simple déclaration, sans certificat médical obligatoire. Cette mesure, inspirée de dispositifs déjà en place en Espagne ou au Japon, concerne près de 2 000 femmes employées par la collectivité. L’objectif affiché est double : améliorer la qualité de vie au travail et lutter contre l’absentéisme caché, souvent sous-estimé, lié aux douleurs menstruelles.
Mais la préfecture s’est opposée à cette initiative, invoquant l’absence de base légale et le risque de rupture d’égalité entre agents publics. Le gouvernement, de son côté, rappelle que la législation actuelle ne prévoit pas de congé spécifique pour les règles douloureuses et que toute évolution doit passer par le Parlement. Malgré ces obstacles, le département maintient son expérimentation, espérant faire évoluer les mentalités et la loi.
Un enjeu de santé publique et de reconnaissance
Les douleurs menstruelles, ou dysménorrhées, touchent près d’une femme sur deux en âge de travailler. Pour certaines, elles se traduisent par des crampes, des migraines, des nausées, voire des évanouissements, rendant difficile toute activité professionnelle. Pourtant, ce sujet reste largement tabou en entreprise, et de nombreuses femmes préfèrent poser un arrêt maladie ou travailler en souffrant, par crainte d’être stigmatisées ou jugées moins performantes.
Le congé menstruel vise à briser ce tabou et à reconnaître la réalité des souffrances vécues. Les associations féministes saluent l’initiative de Loire-Atlantique, y voyant un progrès pour l’égalité professionnelle et la santé des femmes. Elles rappellent que l’Organisation mondiale de la santé considère les douleurs menstruelles comme un véritable enjeu de santé publique.

Des craintes et des résistances
Mais la mesure suscite aussi des critiques. Certains syndicats et responsables RH redoutent une stigmatisation des femmes, qui pourraient être perçues comme moins fiables ou moins disponibles. D’autres craignent un effet boomerang sur l’emploi féminin, avec un risque de discrimination à l’embauche. Le débat porte également sur la charge de travail pour les collègues, la gestion des absences et le coût pour les collectivités.
Les opposants plaident plutôt pour une meilleure prise en compte de la santé au travail, avec des adaptations de poste, du télétravail ou des horaires aménagés, plutôt qu’un congé spécifique. Le gouvernement, prudent, préfère attendre les résultats de l’expérimentation avant d’envisager une généralisation.
Un mouvement international en marche
La Loire-Atlantique n’est pas un cas isolé. En Espagne, une loi nationale permet depuis 2023 aux femmes de s’absenter pour règles douloureuses, sur prescription médicale. Au Japon, en Corée du Sud ou en Indonésie, des dispositifs similaires existent depuis des années, avec des bilans contrastés : faible recours par peur du regard des collègues, mais satisfaction des bénéficiaires. En France, plusieurs entreprises privées ont déjà adopté le congé menstruel, souvent à titre expérimental.
Vers une reconnaissance légale ?
L’expérimentation de Loire-Atlantique pourrait faire bouger les lignes au niveau national. Un groupe de députés prépare une proposition de loi pour encadrer le congé menstruel, en concertation avec les partenaires sociaux et les associations de patientes. Les débats promettent d’être vifs, entre défenseurs de l’égalité et partisans d’une stricte neutralité du droit du travail.
Pour les femmes concernées, l’essentiel est d’être écoutées et respectées dans leur vécu. Le congé menstruel, loin d’être un privilège, est perçu comme une mesure de justice et de dignité.
