Dossier 1 : Les leçons de Philippe Dessertine et son livre – Quelle civilisation pouvons-nous créer ?
Introduction : Philippe Dessertine, penseur de la transformation
Philippe Dessertine, économiste, professeur et essayiste français, s’est imposé ces dernières années comme l’un des intellectuels qui interrogent le plus profondément la crise de notre civilisation et les voies d’un renouveau. Son dernier livre, « Le Grand Espoir » (ou selon le titre exact que vous souhaitez analyser), synthétise ses réflexions sur la transition écologique, la révolution numérique, la crise du capitalisme financier et la quête de sens qui traverse nos sociétés. Mais que nous enseigne vraiment Dessertine ? Quelles pistes concrètes propose-t-il pour « créer une nouvelle civilisation » ? Et comment articuler ses idées avec les défis du XXIe siècle ?
- Les diagnostics de Dessertine : une civilisation à bout de souffle
- La crise du capitalisme financier
Dessertine part d’un constat : la mondialisation, telle qu’elle s’est développée depuis les années 1980, a atteint ses limites. Le capitalisme financier, dominé par la spéculation, la dette et la recherche du profit à court terme, a fragilisé les économies réelles, creusé les inégalités et alimenté la défiance envers les institutions. La crise de 2008, puis la pandémie de Covid-19, ont révélé la vulnérabilité d’un système incapable de répondre aux besoins fondamentaux des populations.
- L’urgence écologique et la crise du sens
L’autre pilier du diagnostic de Dessertine concerne l’environnement. Il insiste sur la nécessité de repenser notre rapport à la nature, de sortir de la logique extractiviste et de dépasser l’illusion d’une croissance infinie sur une planète aux ressources finies. La crise écologique n’est pas seulement une question technique : elle révèle une crise du sens, une perte de repères et de finalité dans nos sociétés.

- La révolution numérique, entre promesse et menace
Dessertine analyse également l’impact de la révolution numérique. L’irruption de l’intelligence artificielle, de la blockchain, des plateformes et des réseaux sociaux bouleverse les modes de production, les relations sociales et la démocratie. Si le numérique offre des opportunités inédites, il porte aussi des risques : surveillance, manipulation, polarisation, perte de contrôle sur les données.
- Les leçons du livre : repenser la civilisation à partir de l’humain
- Placer l’humain et le vivant au centre
La première leçon de Dessertine est éthique : il faut replacer l’humain et le vivant au cœur du projet de civilisation. Cela implique de redéfinir la notion de progrès, non plus comme accumulation matérielle, mais comme amélioration de la qualité de vie, de la justice sociale et du respect des écosystèmes. Il s’agit de passer d’une logique de domination à une logique de coopération et de soin.
- Réinventer l’économie : vers un capitalisme régénératif
Dessertine plaide pour une transformation en profondeur du capitalisme. Il ne s’agit pas de revenir à l’économie administrée, mais de promouvoir un capitalisme régénératif, fondé sur l’investissement de long terme, la responsabilité sociale et environnementale, et la création de valeur partagée. Il met en avant le rôle des entreprises à mission, de la finance verte, de l’économie circulaire et des monnaies complémentaires.
- Refonder la démocratie et la citoyenneté
Face à la défiance envers les élites et la montée des populismes, Dessertine appelle à une refondation démocratique. Cela passe par la participation citoyenne, la transparence, la décentralisation et l’expérimentation locale. Il insiste sur le rôle des territoires, des villes et des communautés dans l’innovation sociale et la transition écologique.
- L’éducation, clé de la nouvelle civilisation
Dessertine accorde une place centrale à l’éducation : il faut former des citoyens capables de penser de manière critique, de coopérer, d’innover et de s’adapter à un monde complexe. L’école doit devenir un lieu d’émancipation, d’apprentissage du vivre-ensemble et de découverte du sens. Il propose de valoriser les compétences transversales, l’intelligence émotionnelle et la créativité.

III. Quelle civilisation pouvons-nous créer ? Scénarios et pistes d’action
- Une civilisation de la sobriété heureuse
Dessertine rejoint ici la pensée d’auteurs comme Pierre Rabhi ou Dominique Bourg : la nouvelle civilisation sera sobre, mais non pas austère. Il s’agit de réapprendre à vivre avec moins, à valoriser la qualité plutôt que la quantité, à privilégier les relations humaines, la culture, la nature. La sobriété est vue comme une source de liberté et d’épanouissement, non comme une contrainte.
- Une économie au service du bien commun
Le modèle proposé est celui d’une économie plurielle : entreprises à mission, coopératives, économie sociale et solidaire, monnaies locales, circuits courts. L’État doit jouer un rôle d’orientation, d’investissement et de régulation, mais en partenariat avec la société civile et les acteurs locaux. La finance doit être réorientée vers l’investissement productif, la transition écologique et l’innovation sociale.
- Une démocratie participative et inclusive
La démocratie du futur, selon Dessertine, sera plus participative, plus transparente et plus inclusive. Les citoyens seront associés aux décisions qui les concernent, via des budgets participatifs, des assemblées citoyennes, des plateformes numériques de consultation. Les pouvoirs publics devront garantir l’accès à l’information, la protection des données et la lutte contre les discriminations.
- Un nouvel imaginaire collectif
Dessertine insiste sur la nécessité de forger un nouvel imaginaire collectif, capable de mobiliser les énergies, de donner du sens et de fédérer autour de valeurs communes. Cela passe par la culture, l’art, la littérature, mais aussi par la redécouverte des récits fondateurs, des mythes et des utopies. Le défi est de conjuguer l’universel et le local, la diversité et l’unité, la mémoire et l’innovation.
- Critiques, limites et débats
- Un projet trop idéaliste ?
Certains critiques reprochent à Dessertine un certain idéalisme, voire une naïveté face à la puissance des intérêts établis et à l’inertie des institutions. La transition vers une nouvelle civilisation suppose des ruptures, des conflits, des résistances. Les obstacles sont nombreux : lobbying des grandes entreprises, poids des habitudes, fragmentation sociale, montée des extrêmes.

- Comment passer de l’intention à l’action ?
La question centrale reste celle de la mise en œuvre. Comment passer du diagnostic à la transformation réelle ? Dessertine mise sur les dynamiques locales, les coalitions d’acteurs, l’expérimentation et l’exemplarité. Mais il reconnaît que le changement de civilisation nécessite aussi des politiques publiques ambitieuses, une mobilisation internationale et une refonte des institutions.
- Conclusion : les leçons de Dessertine pour le XXIe siècle
Le livre de Philippe Dessertine est un appel à la lucidité, à la responsabilité et à l’espérance. Il invite chacun à prendre sa part dans la construction d’une nouvelle civilisation, fondée sur l’humain, le vivant, la justice et la créativité. Si le chemin est long et semé d’embûches, les exemples de transitions réussies, d’innovations sociales et de mobilisations citoyennes montrent que le changement est possible.
