Berlin lance un plan spatial à 35 milliards pour contrer Moscou et Pékin ; la course à la défense dans l’espace s’intensifie
L’Allemagne a annoncé le 25 septembre 2025 un vaste plan d’investissement de 35 milliards d’euros avant 2030 dans le domaine de la défense spatiale. Ce programme vise à renforcer les capacités de la Bundeswehr face aux menaces croissantes supposées de la Russie et de la Chine dans l’espace. Ce choix stratégique s’inscrit dans une dynamique européenne de montée en puissance dans un secteur jusqu’ici marqué par la coopération plutôt que la compétition.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a présenté ce plan lors d’un congrès à Berlin, soulignant la nécessité d’anticiper et de contrer rapidement les avancées militaires rivales. Selon lui, la Russie et la Chine ont déjà développé des systèmes capables d’espionner, de brouiller et même de neutraliser les satellites occidentaux, ce qui constitue un risque majeur pour les infrastructures civiles et militaires. Le secteur spatial, jadis dominé par la collaboration scientifique, devient désormais un terrain de rivalité stratégique entre puissances.
La programmation militaire 2024-2030 prévoit un investissement de 6 milliards dans la modernisation des équipements spatiaux, notamment autour des satellites et des moyens de détection. Les fonds seront aussi dédiés au développement de moyens de transport spatial autonomes, incluant « petits lanceurs » flexibles mais aussi des lanceurs lourds européens, nécessaires pour affirmer la souveraineté européenne dans cet environnement. L’innovation technologique est centrale, avec également la conception d’avions spatiaux et la multiplication des constellations satellites interconnectées pour garantir une résilience accrue face aux attaques.
Le ministre Pistorius a insisté sur l’importance de la dissuasion dans le cosmos. En effet, il évoque aussi des capacités offensives stratégiques pour éviter d’être vulnérable face aux manœuvres russes ou chinoises. « Quiconque attaque un satellite attaque les fondations même de la vie moderne », a-t-il averti, plaçant ainsi la défense spatiale comme une priorité nationale majeure. Ce virage réaffirme la volonté allemande de devenir un pilier de la politique de défense européenne et un acteur clé de l’Otan en matière spatiale.
Cette initiative survient dans un contexte géopolitique explosif marqué par la guerre en Ukraine et la militarisation progressive de nouveaux espaces. Si la coopération entre nations européennes sur le spatial existe depuis longtemps, le climat international a transformé cet enjeu en course militaro-technologique. En outre, les tensions entre les États-Unis et la Chine, notamment sur la question taïwanaise, ajoutent un motif supplémentaire à cette course.
Berlin prend ainsi une position volontariste, engageant des moyens financiers considérables tout en plaidant pour une approche européenne coordonnée. La chancellerie allemande, sous l’impulsion du conservateur Friedrich Merz, entend faire de ce secteur un levier indispensable pour le réarmement européen face aux défis actuels.

Ce programme de 35 milliards d’euros est significativement supérieur aux investissements français comparables, témoignant de la montée en puissance allemande dans les secteurs stratégiques. L’économie allemande, confrontée à des défis mais capable de mobiliser des ressources conséquentes, promet une accélération dans les années à venir.
Au-delà de la réponse à la menace, ce plan ouvre des perspectives industrielles majeures. Rheinmetall et d’autres grands groupes aérospatiaux allemands sont appelés à participer à ce vaste chantier. C’est aussi une formidable opportunité de renforcer la base technologique européenne, de créer des emplois spécialisés et d’affirmer une autonomie stratégique sur la scène mondiale.
En conclusion, ce plan allemand marque un tournant dans la posture occidentale face à la militarisation de l’espace. Il traduit une prise de conscience aiguë que l’avenir des conflits et de la sécurité passe aussi par le contrôle des orbites. L’investissement conséquent à Berlin vise à garantir cette souveraineté, tout en s’inscrivant dans une dynamique plus large de coopération et d’alliances stratégiques européennes.
