Après le mouvement « Bloquons tout », les autorités relativisent les dégâts mais l’atmosphère reste tendue
Un mouvement d’action décentralisé et hétérogène
Le 10 septembre 2025, en réponse à la montée des tensions sociales en France, un mouvement de contestation baptisé « Bloquons tout » a tenté d’organiser une paralysie générale du pays. Basé essentiellement sur des réseaux sociaux et plateformes de messagerie cryptée, ce mouvement a tenté d’inciter à des blocages des infrastructures clés économiques, des axes routiers et transports, ainsi que des institutions publiques, sans toutefois disposer d’une coordination centralisée ni d’une structure formelle. Cette nature décentralisée a abouti à une mobilisation disparate et souvent spontanée, mêlant militants sociaux, jeunes précaires, et certains groupes radicaux.
Une mobilisation moins massive que prévue
Contrairement aux prédictions alarmistes des pouvoirs publics, le mouvement a été suivi de façon assez limitée. Les autorités ont recensé plusieurs points de tension, notamment à Paris, Nantes, Bordeaux et Lille, avec quelques dégradations matérielles mineures. Les forces de l’ordre ont rapidement maîtrisé les situations, empêchant l’escalade majeure. Par exemple, des incendies de véhicule, des perturbations sur les lignes ferroviaires et quelques agressions ont été signalés mais ne dépassent pas les seuils habituels de troubles sociaux en période de tension.
Une réponse policière musclée aux contestataires
Pour contenir la colère exprimée, les forces de police ont déployé près de 80 000 agents sur tout l’Hexagone, aboutissant à plus de 400 interpellations dont 300 en garde à vue. Si cette réponse sécuritaire a permis de circonscrire les débordements, elle a également suscité des critiques, en particulier de la part d’associations défenseuses des droits civiques et de militants dénonçant une criminalisation excessive du mouvement social. Ces scènes de tensions réactivent les débats sur l’équilibre entre maintien de l’ordre et respect des libertés publiques.

Un climat social et politique profondément fragilisé
« Bloquons tout » vient cristalliser une crise sociale plus large, où se mêlent insatisfaction économique, précarité de l’emploi, et défiance envers les institutions. Le pouvoir d’achat en baisse, les inégalités accrues et un sentiment d’abandon dans certaines régions alimentent ce terreau d’opposition. Le nouveau gouvernement cherchera à apaiser ce sentiment d’injustice, alors que les relais politiques n’apportent pas toujours de réponses unifiées, accentuant la fragmentation.
Enjeux pour le gouvernement et perspectives
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en poste depuis peu, doit faire face à la double exigence d’une politique sociale plus juste tout en maintenant la stabilité et la rigueur budgétaire. Une bonne gestion des tensions sociales apparaît comme clé pour éviter une aggravation des conflits. La mise en œuvre de mesures économiques ciblées, accompagnée d’un dialogue direct avec les acteurs sociaux, pourrait constituer la voie la plus pragmatique pour sortir d’une crise de confiance. Permettre une meilleure information, renforcer les dispositifs d’aide aux plus fragiles, et restaurer un sentiment d’espoir paraissent essentiels dans les mois à venir.
