Dix braqueurs d’armureries en Suisse jugés aux assises à Lyon Un procès hors normes
Depuis lundi, la Cour d’assises du Rhône accueille un procès spectaculaire : dix hommes accusés d’avoir participé à plusieurs braquages d’armureries en Suisse entre 2018 et 2022. Le gang, composé pour la plupart de multirécidivistes, aurait fait main basse sur des dizaines d’armes à feu destinées ensuite au marché noir international.
Ce procès s’annonce comme l’un des plus sensibles de l’automne judiciaire à Lyon, mêlant trafic d’armes transfrontalier, grand banditisme et réseaux criminels européens.
Les faits reprochés
Selon l’acte d’accusation, le gang aurait organisé des opérations commando contre au moins quatre armureries situées en Suisse romande. Les attaques, menées de nuit, étaient d’une grande violence : vitres brisées à coups de masse, menaces armées contre les vigiles, et voitures volées utilisées comme béliers.
Au total, près de 120 armes de poing, fusils automatiques et munitions auraient été volés, pour une valeur marchande de plus de 500 000 euros.
Une filière vers l’Europe criminelle ?
Les enquêteurs français et suisses estiment que ces armes n’étaient pas destinées au marché local, mais alimentaient une filière internationale. Certaines auraient été retrouvées dans des affaires en région parisienne et en Belgique, notamment lors de règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants.
Ce procès doit permettre de clarifier le rôle exact de chacun des accusés : des organisateurs, mais aussi des « petites mains » mobilisées sur le terrain.

Profils des accusés
Âgés de 25 à 45 ans, les dix prévenus sont tous connus de la justice pour des faits de vols, braquages ou trafic de stupéfiants. La plupart se revendiquent d’un milieu « voyou » lyonnais ou grenoblois. Certains assument des délits antérieurs mais nient toute implication dans les braquages visés.
Les enquêteurs affirment toutefois disposer d’écoutes téléphoniques accablantes et de preuves ADN retrouvées sur les lieux.
Des débats très attendus
Le procès doit durer jusqu’au 22 septembre. Les débats devraient porter non seulement sur la responsabilité pénale des accusés, mais aussi sur l’organisation de filières transnationales d’armement illégal.
Pour l’avocat général, « il s’agit moins d’un groupe désorganisé que d’une véritable entreprise criminelle, aux ramifications en Belgique et en Italie ». Si leur culpabilité est reconnue, les accusés risquent des peines allant de 10 à 20 ans de réclusion.
Une opinion publique préoccupée
Ce procès intervient dans un climat de forte inquiétude sur la circulation des armes en Europe. L’Union européenne estime que près d’1 million d’armes illégales circulent dans l’espace Schengen. Les braquages d’armureries suisses ne font que souligner la porosité des frontières et la demande croissante des réseaux internationaux.
Pour la France, déjà confrontée à une explosion des fusillades de quartiers liés à la drogue, l’issue de ce procès aura valeur de signal.
