Doualemn, influenceur algérien, libéré après 90 jours de rétention administrative
Introduction
L’influenceur algérien Doualemn, figure controversée des réseaux sociaux, a été libéré ce mercredi 18 juin 2025 après avoir passé 90 jours en centre de rétention administrative à Seine-et-Marne. Cette libération, rendue possible par l’absence d’accord entre la France et l’Algérie pour son retour, met en lumière les failles du système d’éloignement des étrangers en situation irrégulière, les tensions diplomatiques entre Paris et Alger, et la question sensible des droits fondamentaux dans la gestion des migrations.
Un parcours sous haute tension
Doualemn s’est fait connaître sur les réseaux sociaux pour ses prises de position critiques envers le régime algérien et sa capacité à mobiliser une large audience, notamment parmi la jeunesse maghrébine en France et en Algérie. Arrivé en France en situation irrégulière, il a été interpellé en mars 2025 lors d’un contrôle d’identité à Paris, puis placé en centre de rétention administrative (CRA) à Melun.
Son cas a rapidement pris une dimension politique et médiatique, alimentant les débats sur la liberté d’expression, la protection des opposants politiques et la gestion des flux migratoires. Plusieurs associations de défense des droits humains et des personnalités politiques se sont mobilisées pour demander sa libération, dénonçant une « rétention arbitraire » et un « acharnement administratif ».
Le blocage diplomatique France-Algérie
La législation française prévoit qu’un étranger en situation irrégulière peut être retenu jusqu’à 90 jours dans l’attente de son éloignement. Mais pour que l’expulsion soit effective, il faut l’accord du pays d’origine. Or, dans le cas de Doualemn, les autorités algériennes ont refusé de délivrer le laissez-passer consulaire nécessaire à son retour, bloquant toute procédure d’éloignement.
Ce bras de fer diplomatique n’est pas un cas isolé : la France peine régulièrement à obtenir la coopération de certains pays pour le retour de leurs ressortissants, ce qui conduit à la libération automatique des personnes retenues à l’issue du délai légal. Cette situation met en lumière les limites du système et la nécessité de repenser les accords bilatéraux en matière de migration.
Les réactions en France et en Algérie
La libération de Doualemn a été saluée par ses soutiens, qui voient dans cette issue la victoire du droit sur l’arbitraire administratif. Plusieurs associations, dont la Cimade et le GISTI, ont rappelé que la rétention doit rester une mesure exceptionnelle et que la France doit respecter ses engagements internationaux en matière de droits humains.

Du côté des autorités françaises, on souligne la difficulté à gérer des situations où la coopération avec le pays d’origine fait défaut. Le ministère de l’Intérieur a rappelé que Doualemn reste en situation irrégulière et qu’il fait toujours l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), mais qu’il ne peut être reconduit tant que l’Algérie refuse de l’accueillir.
En Algérie, l’affaire a suscité moins d’écho, mais certains médias proches du pouvoir ont dénoncé une « instrumentalisation politique » de la part de l’opposant. D’autres, au contraire, saluent son courage et appellent à une réforme du droit d’asile et de la protection des dissidents.
Les enjeux pour la politique migratoire française
Le cas Doualemn illustre les difficultés structurelles de la politique d’éloignement en France. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, près de 40% des mesures d’expulsion prononcées chaque année ne sont pas exécutées, faute de coopération consulaire ou de moyens logistiques. Cette situation alimente le débat sur l’efficacité du système, la place des centres de rétention et le respect des droits fondamentaux.
Plusieurs voix s’élèvent pour demander une réforme en profondeur, privilégiant l’accompagnement social, la régularisation au cas par cas et le développement de solutions alternatives à la rétention. Les associations rappellent que la privation de liberté doit rester l’exception et que l’État doit garantir la dignité et la sécurité des personnes concernées.
Perspectives et conclusion
La libération de Doualemn, après 90 jours de rétention, relance le débat sur la gestion des migrations et la coopération internationale. Elle pose la question de l’équilibre entre contrôle des frontières, respect des engagements internationaux et protection des droits humains. Pour Doualemn, l’avenir reste incertain : toujours sous le coup d’une OQTF, il doit désormais composer avec une situation administrative précaire et la menace d’une nouvelle interpellation.
Au-delà de son cas individuel, l’affaire met en lumière la nécessité d’un dialogue renouvelé entre la France et l’Algérie, d’une réflexion sur les pratiques administratives et d’un engagement fort pour garantir les droits fondamentaux de toutes les personnes migrantes, quelles que soient leur origine et leur situation.
