Ouganda – Le retour des procès militaires pour civils, la société civile en alerte
Un dangereux recul démocratique en Afrique de l’Est
L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est dirigé d’une main de fer par le président Yoweri Museveni depuis près de quarante ans, a récemment réintroduit une pratique judiciaire alarmante : l’autorisation des procès militaires pour les civils. Cette décision, confirmée par des directives gouvernementales datées de juin 2025, a sonné l’alarme auprès des organisations de défense des droits humains et de la société civile ougandaise, qui y voient un dangereux recul de l’État de droit et une tentative d’étouffer toute voix dissidente.
Une justice expéditive pour les opposants ?
Historiquement, l’Ouganda a eu recours aux tribunaux militaires pour juger les civils accusés d’infractions liées à la sécurité, notamment en période d’insurrection. Cependant, la Cour constitutionnelle avait déclaré cette pratique inconstitutionnelle en 2021, affirmant que les civils devaient être jugés par des tribunaux civils, garants d’un procès équitable et du respect des droits fondamentaux.
Le revirement actuel est perçu comme une manœuvre du pouvoir pour contourner les procédures judiciaires ordinaires et museler l’opposition. Les critiques du gouvernement, notamment des militants pro-démocratie, des journalistes indépendants et des avocats des droits humains, craignent désormais d’être arrêtés et jugés par des tribunaux où les garanties de justice sont quasi inexistantes. La Rapid Response Unit (RRU), unité militaire tristement célèbre pour ses exactions passées, est de nouveau sur le devant de la scène, renforçant les craintes d'une augmentation des arrestations arbitraires et des détentions prolongées sans jugement.
La société civile ougandaise en ordre de bataille
Plusieurs organisations locales, soutenues par des ONG internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch, ont immédiatement dénoncé cette mesure. Elles soulignent que les tribunaux militaires ne sont pas adaptés pour juger des civils, car ils manquent d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif et ne respectent pas toujours les normes internationales en matière de droits de l’homme. Les avocats ougandais préparent des recours en justice pour contester cette nouvelle directive, mais l’issue de ces procédures est incertaine dans un contexte politique tendu.

Des manifestations sporadiques ont éclaté à Kampala et dans d’autres grandes villes, dispersées par la police et l’armée. Les militants appellent la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement ougandais pour qu’il revienne sur sa décision et respecte les engagements pris en matière de droits de l’homme.
Les enjeux régionaux et internationaux
La situation en Ouganda est suivie de près par les pays voisins, notamment le Rwanda, la RDC et le Soudan du Sud, qui partagent des frontières poreuses et des préoccupations sécuritaires communes. L’Ouganda est un acteur clé dans la région des Grands Lacs, et son instabilité pourrait avoir des répercussions sur la paix et la sécurité régionales.
La communauté internationale, quant à elle, est face à un dilemme. Museveni est un allié de longue date des États-Unis et de l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme et dans les opérations de maintien de la paix en Somalie. Les partenaires de l’Ouganda sont appelés à concilier leurs intérêts sécuritaires et économiques avec leurs valeurs démocratiques et les droits humains.
Le rôle de l’Union européenne et des États-Unis
L’Union européenne, principal bailleur de fonds de l’Ouganda, a exprimé sa « profonde préoccupation » et a rappelé l’importance du respect de l’État de droit. Les États-Unis, par l’intermédiaire de leur ambassade à Kampala, ont également appelé à la prudence et au respect des libertés fondamentales. Cependant, les critiques sont souvent mesurées, de peur de pousser Museveni vers d’autres partenaires, notamment la Chine.
Conclusion : un test pour la démocratie ougandaise
Le retour des procès militaires pour les civils en Ouganda est un test crucial pour la démocratie et les droits humains dans le pays. Il rappelle que même les régimes les plus établis peuvent régresser sur le plan des libertés fondamentales. La mobilisation de la société civile ougandaise, couplée à une pression internationale ciblée, sera essentielle pour éviter un glissement vers l’autoritarisme.
