Suppression des ZFE : la mairie de Paris dénonce un recul préoccupant pour la santé publique
Introduction
La décision de l’Assemblée nationale, le 28 mai 2025, de supprimer les Zones à Faibles Émissions (ZFE) a provoqué une onde de choc dans le paysage politique et sanitaire français. À Paris, la maire Anne Hidalgo a vivement réagi, dénonçant « un recul très préoccupant pour la santé de la population ». Cette mesure, initialement conçue pour lutter contre la pollution de l’air dans les grandes agglomérations, était devenue un symbole de la transition écologique urbaine, mais aussi un sujet de division politique et sociale. Pourquoi la suppression des ZFE suscite-t-elle autant de passions ? Quelles sont les conséquences pour la santé publique et l’environnement ? Cet article propose une analyse approfondie des enjeux, des arguments et des perspectives autour de cette décision controversée.
Les ZFE : un outil de santé publique et d’écologie urbaine
Les Zones à Faibles Émissions ont été instaurées dans les principales métropoles françaises à partir de 2021, dans le sillage des directives européennes sur la qualité de l’air. Leur principe : restreindre l’accès des véhicules les plus polluants à certaines zones urbaines, en fonction de leur vignette Crit’Air. L’objectif affiché était double : réduire la pollution atmosphérique, responsable de 40 000 décès prématurés par an en France selon Santé publique France, et inciter à la transition vers des mobilités plus propres.
À Paris, Lyon, Grenoble, Marseille ou Toulouse, les ZFE ont été présentées comme des leviers essentiels pour atteindre les objectifs climatiques et améliorer la qualité de vie. Elles s’accompagnaient de mesures d’accompagnement : aides à l’achat de véhicules propres, développement des transports en commun, subventions pour les professionnels.
Les arguments des opposants : « écologie punitive » et fracture sociale
Dès leur mise en place, les ZFE ont suscité de vives oppositions. De nombreux élus, notamment dans les territoires périurbains et ruraux, ont dénoncé une « écologie punitive » qui pénaliserait les ménages modestes, contraints d’utiliser des véhicules anciens faute de moyens pour en changer. Les artisans, commerçants et professions mobiles se sont également mobilisés, arguant que les ZFE risquaient de fragiliser leur activité.
Sur le plan politique, la suppression des ZFE a été saluée par une partie de la droite et de l’extrême droite, qui y voyaient un « outil technocratique d’exclusion » et une « défaite pour l’écologie dogmatique ». Marine Le Pen, Éric Ciotti ou Laurent Wauquiez ont applaudi ce qu’ils considèrent comme une victoire du « bon sens » et de la « liberté de circuler ».
La réaction de la mairie de Paris : un « recul préoccupant »
Face à cette décision, la mairie de Paris a exprimé sa « sidération » et sa « colère ». Anne Hidalgo a rappelé que la pollution de l’air est « la première cause environnementale de mortalité en France » et que « là où il y a des enfants, le tabac et la pollution doivent disparaître ». Pour la maire de Paris, la suppression des ZFE va à l’encontre des engagements internationaux de la France et met en danger la santé des plus fragiles : enfants, personnes âgées, malades chroniques.

La mairie souligne également que les ZFE étaient accompagnées de dispositifs d’aide pour les ménages modestes, et que leur suppression risque d’aggraver les inégalités territoriales : « Les habitants des quartiers populaires sont les premières victimes de la pollution. »
Les enjeux sanitaires et environnementaux
Les études scientifiques sont unanimes : la pollution de l’air, notamment aux particules fines et au dioxyde d’azote, est un facteur majeur de maladies respiratoires, cardiovasculaires et de cancers. Les ZFE, en réduisant la circulation des véhicules les plus polluants, ont permis une baisse mesurable de la pollution dans plusieurs métropoles européennes (Londres, Berlin, Milan).
En France, les premiers bilans montraient une amélioration progressive de la qualité de l’air dans les zones concernées, même si les effets restaient modestes à l’échelle nationale. Les experts insistent sur la nécessité de politiques cohérentes et de long terme pour obtenir des résultats durables.
Les perspectives politiques et sociales
La suppression des ZFE intervient dans un contexte de tensions sociales et de défiance envers les politiques écologiques perçues comme imposées « d’en haut ». La crise des Gilets jaunes, la hausse du coût de la vie et la fracture territoriale ont fragilisé l’acceptabilité sociale des mesures environnementales.
Pour autant, la question de la qualité de l’air reste centrale, et la pression des institutions européennes pourrait contraindre la France à revoir sa copie. Certaines collectivités locales, comme Paris ou Lyon, envisagent de maintenir des dispositifs similaires à l’échelle municipale, quitte à entrer en conflit avec l’État.
Conclusion
La suppression des ZFE est un tournant dans la politique environnementale française. Entre impératif de santé publique, justice sociale et transition écologique, le débat est loin d’être clos. La France devra trouver un nouvel équilibre entre lutte contre la pollution et acceptabilité sociale, sous peine de voir s’aggraver les fractures qui traversent déjà la société.
