Canicule en France : les vendanges démarrent plus tôt que jamais, conséquences et défis pour la viticulture
Cet été 2025 restera marqué dans les archives météorologiques françaises comme une année exceptionnelle de canicule, avec des températures dépassant régulièrement les 40 degrés Celsius. Cette vague de chaleur intense a eu un impact direct sur les filières agricoles, notamment la viticulture, où les vendanges ont commencé plusieurs semaines plus tôt qu’à l’accoutumée.
Traditionnellement débutant en septembre, les vendanges ont été exceptionnellement avancées dès la mi-août dans plusieurs régions, du Bordelais au Languedoc, en passant par la vallée du Rhône et la Champagne. Ce phénomène de précocité est dû à un mûrissement accéléré des raisins causé par les températures élevées qui ont fait monter leurs teneurs en sucre, crucial pour la fermentation.
Les viticulteurs témoignent : « Avant, nous commencions les vendanges autour du 15 septembre, cette année c’est le 19 août », précise Éric Perrin, propriétaire du Château Carbonnieux situé en Gironde. Cette avancée de près d’un mois entraîne plusieurs conséquences majeures. D’une part, les raisins atteignent un taux d’alcool potentiel plus élevé, ce qui risque de donner des vins plus alcoolisés, parfois au-delà des normes fixées par les appellations d’origine contrôlée (AOC). Ceci peut altérer la typicité des vins, avec un profil plus méditerranéen que traditionnellement atlantique, notamment pour les blancs.

D’autre part, la canicule influence la gestion pratique des vendanges. Le besoin de mobilisation rapide de main-d’œuvre devient un défi logistique, notamment parce que cette récolte anticipée se superpose souvent à une période où la disponibilité des vendangeurs est moindre. Les professionnels doivent aussi gérer le risque accru de détérioration des grappes sous une chaleur extrême et la menace de parasites et maladies, aggravée par le stress hydrique des vignes.
Les experts du secteur, à l’image de Thomas Gautier, conseiller viticole dans l’Hérault, soulignent la nécessité d’adapter les pratiques culturales en réponse au changement climatique. La viticulture française est en première ligne face à ces bouleversements. Depuis une dizaine d’années, des études approfondies ont conduit à la mise en place d’outils d’adaptation régionaux, notamment l’introduction de cépages plus résistants à la chaleur, des modifications des dates de plantation et des techniques innovantes de gestion de l’irrigation.
Néanmoins, malgré ces avancées, 2025 reste une année hors norme, avec des rendements globalement plus faibles en raison de la sécheresse persistante, même si la qualité des raisins est saluée. Le Comité national des interprofessions des vins (CNIV) projette une récolte de grande qualité mais en volume réduit, un phénomène que plusieurs régions connaissent désormais régulièrement.
Cet épisode de canicule souligne l’urgence pour la filière viticole française de s’adapter durablement aux changements climatiques majeurs, sous peine de voir se transformer irrémédiablement les paysages et saveurs emblématiques du terroir français.
