Explosion à Martigues : cent personnes évacuées, sécurité des logements en question
Le 13 mai 2025, la ville de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, a été le théâtre d’une violente explosion dans un immeuble d’habitation, provoquant l’évacuation de plus de cent personnes et relançant le débat sur la sécurité des logements en France. Si aucun décès n’est à déplorer, le bilan humain et matériel est lourd, et l’émotion est vive dans la commune et au-delà. Cet événement, loin d’être isolé, met en lumière les fragilités du parc immobilier français, la vétusté de certains bâtiments et les défis de la prévention des risques domestiques.
Les faits : une explosion en pleine nuit
L’explosion s’est produite vers 2h30 du matin dans un immeuble de trois étages situé dans le quartier de Jonquières, à Martigues. Selon les premiers éléments de l’enquête, le sinistre aurait été provoqué par une fuite de gaz, probablement liée à une installation défectueuse ou à un défaut d’entretien. Le souffle a soufflé plusieurs cloisons, détruit une dizaine d’appartements et projeté des débris sur la chaussée.
Les pompiers, rapidement arrivés sur place, ont procédé à l’évacuation de plus de cent résidents, dont plusieurs familles avec enfants. Quinze personnes ont été légèrement blessées, principalement par des éclats de verre et des chutes, et ont été prises en charge à l’hôpital de Martigues. Trois personnes, en état de choc, ont été admises en observation.
Une émotion forte et une solidarité immédiate
Le maire de Martigues, Gaby Charroux, s’est rendu sur les lieux dès l’aube, saluant « le sang-froid et la solidarité des habitants » qui ont aidé à l’évacuation et à la prise en charge des blessés. Une cellule d’urgence médico-psychologique a été installée dans une école voisine, et la mairie a ouvert un gymnase pour reloger temporairement les sinistrés.
Les associations locales, les commerçants et de nombreux habitants ont spontanément proposé des vêtements, des repas et une aide logistique. Cette solidarité rappelle la capacité de résilience des territoires face aux drames, mais ne saurait masquer les interrogations sur les causes profondes de l’accident.
La sécurité des logements : un enjeu national
L’explosion de Martigues n’est pas un cas isolé. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, plus de 1 200 explosions domestiques liées au gaz ou à des installations électriques défectueuses sont recensées chaque année en France, faisant en moyenne 30 morts et plus de 500 blessés. Les principales causes sont la vétusté des installations, le manque d’entretien, la non-conformité aux normes et, parfois, des actes de négligence.
Le parc immobilier français compte plus de 35 millions de logements, dont près de 20% ont été construits avant 1970. De nombreux immeubles, notamment dans les centres-villes anciens et les quartiers populaires, présentent des risques accrus : absence de détecteurs de gaz, installations électriques obsolètes, défauts d’isolation.
Les obligations légales et les limites du contrôle
Depuis 2006, la loi impose l’installation de détecteurs de fumée dans tous les logements, mais le contrôle effectif reste limité. Les diagnostics gaz et électricité sont obligatoires lors de la vente ou de la location d’un bien, mais ils ne garantissent pas un entretien régulier. Les syndics de copropriété et les bailleurs sociaux sont tenus de veiller à la sécurité, mais le manque de moyens et la complexité des procédures freinent souvent les travaux de rénovation.

La Cour des comptes, dans un rapport de 2023, a pointé « une politique de prévention insuffisante, des contrôles inégaux et une absence de stratégie globale pour la sécurité des logements ». Le gouvernement a promis un plan de rénovation des passoires thermiques et de lutte contre l’habitat indigne, mais les résultats tardent à se faire sentir.
Les enjeux sociaux et économiques
Les accidents domestiques touchent en priorité les populations les plus fragiles : familles modestes, personnes âgées, locataires précaires. Selon la Fondation Abbé Pierre, plus de 4 millions de personnes vivent dans un logement jugé « indigne ou dangereux » en France. Les coûts humains et financiers sont considérables : hospitalisations, relogement, reconstruction, perte de biens.
La question du financement des travaux de mise aux normes reste centrale. Les aides publiques (ANAH, MaPrimeRénov’, fonds d’urgence) sont souvent insuffisantes ou mal adaptées. Les copropriétés en difficulté peinent à voter les rénovations, et les propriétaires privés manquent d’incitations.
Quelles solutions pour renforcer la sécurité ?
Les experts appellent à une mobilisation collective : renforcement des contrôles, simplification des procédures, augmentation des aides à la rénovation, campagnes d’information sur les risques domestiques. L’innovation technologique (détecteurs connectés, alertes automatiques, maintenance prédictive) offre de nouvelles perspectives, mais suppose un accompagnement des habitants.
Les associations de consommateurs réclament une meilleure protection des locataires, des sanctions contre les bailleurs négligents et une politique ambitieuse de rénovation urbaine. Les collectivités locales, elles, demandent plus de moyens pour agir sur le terrain.
Conclusion
L’explosion de Martigues est un rappel brutal de la vulnérabilité du parc immobilier français. Au-delà de l’émotion, elle pose la question de la responsabilité collective face à la sécurité des logements. Prévenir les accidents, rénover les bâtiments, protéger les plus fragiles : autant de défis à relever pour garantir un droit au logement digne et sûr pour tous.
