Crise Humanitaire à Gaza : L'Ouverture du Point de Passage de Zikim – Un Geste Symbolique ou un Changement de Politique d'Aide ?
L'Urgence Absolue : L'Aide Humanitaire Face aux Impératifs Stratégiques et de Sécurité
Face à l'aggravation exponentielle de la crise humanitaire dans la bande de Gaza, l'annonce de l'ouverture (ou la réouverture temporaire et conditionnelle) du point de passage de Zikim, au nord de l'enclave, soulève des questions fondamentales sur la politique d'accès à l'aide. Ce geste, qui déroge à la centralisation quasi exclusive via Rafah (sud), pourrait être interprété soit comme une réponse salutaire aux pressions internationales, soit comme une manœuvre stratégique dont les bénéfices humanitaires restent à prouver.
La Complexité Logistique et Sécuritaire
L'acheminement de l'aide à Gaza est un défi logistique sans précédent, encadré par des impératifs de sécurité stricts imposés par Israël. Le point de passage de Zikim, historiquement moins utilisé pour l'aide massive que Kerem Shalom ou Rafah, présente des avantages, mais aussi des risques.
Zikim : Raccourcir le Trajet vers le Nord Dévasté
L'avantage majeur de Zikim est sa position plus septentrionale, permettant un accès direct aux zones du nord de Gaza, où les destructions sont les plus importantes et l'accès à l'aide le plus difficile. L'ONU et les ONG ont constamment alerté sur la situation désastreuse des populations restées ou déplacées dans cette zone, souvent ignorées par les convois obligés de transiter par le sud.
- Le Piège Stratégique : Cependant, l'ouverture de Zikim pourrait également servir les objectifs stratégiques israéliens en encourageant, implicitement ou explicitement, les populations déplacées du sud à revenir vers le nord, une zone que l'armée cherche à stabiliser ou à "nettoyer" de toute présence hostile. Les organisations humanitaires doivent s'assurer que l'aide n'est pas instrumentalisée pour influencer le déplacement des populations.
La Pression Internationale et le Changement d'Approche
Cette ouverture n'est pas le fruit du hasard. Elle intervient après des semaines de pressions diplomatiques intenses de la part des États-Unis et des pays européens. Le volume d'aide jugé largement insuffisant et les mécanismes de vérification trop lents ont provoqué un tollé mondial, forçant Israël à reconsidérer, au moins partiellement, sa politique de contrôle des accès.

Du "Geste Symbolique" à l'Échelle Opérationnelle
Pour que l'ouverture de Zikim passe du statut de geste symbolique à celui de changement d'approche opérationnel, plusieurs conditions doivent être remplies, comme le soulignent les experts auprès d'OMONDO :
- Le Volume : L'ouverture doit permettre l'entrée d'un volume d'aide quotidien significativement supérieur à celui des dernières semaines, en particulier du carburant, essentiel pour les hôpitaux et la désalinisation de l'eau.
- La Fluidité : Les mécanismes d'inspection et de vérification doivent être simplifiés et accélérés pour éviter les goulots d'étranglement qui paralysent Rafah et Kerem Shalom.
- La Sécurité des Travailleurs : Une garantie de sécurité pour les convois à l'intérieur de Gaza est indispensable, un défi majeur étant donné la situation de chaos et l'activité militaire persistante.
Conclusion : L'Éthique de l'Action Humanitaire
L'ouverture de Zikim est un pas dans la bonne direction, mais il est loin de répondre à l'ampleur de la catastrophe humanitaire. Elle met en lumière la délicate ligne de crête que doivent emprunter les acteurs humanitaires, contraints d'opérer dans une zone de conflit où l'aide est intrinsèquement liée aux impératifs stratégiques et militaires.
Pour les universitaires et les dirigeants, cet épisode est un rappel brutal : dans la guerre moderne, l'accès à l'aide humanitaire est devenu une arme diplomatique. Le véritable changement de politique d'aide exigé par la communauté internationale doit être mesuré non pas par le nombre de passages ouverts, mais par la satisfaction effective des besoins vitaux de l'ensemble de la population de Gaza, sans distinction de zone géographique.
