La Révolte des Robes Noires : Le Barreau face au Spectre de la « Justice Algorithmique »
L'Assemblée Générale du Conseil National des Barreaux (CNB) qui s'ouvre ce 6 février 2026 à Paris ne ressemble à aucune autre. Dans les couloirs, l'ambiance est à la résistance. L'objet de la discorde ? Le déploiement massif de logiciels de "justice prédictive" dans les juridictions civiles et commerciales. Ces outils, censés désengorger les tribunaux en calculant les chances de succès d'un litige et le montant probable des indemnités, sont perçus par les avocats comme une attaque frontale contre l'essence même de leur métier : la singularité de la défense humaine.
L’illusion de la neutralité mathématique
L'argument des promoteurs de l'IA judiciaire est séduisant : une justice plus rapide, plus homogène et libérée des biais humains. Mais pour OMONDO, cette promesse cache un piège ontologique. Un algorithme ne juge pas ; il calcule des récurrences passées. Il enferme l'avenir dans les statistiques du passé. Or, le droit est une matière vivante, faite de revirements de jurisprudence et d'audace intellectuelle. Si l'on automatise la sentence, on tue l'innovation juridique. L'avocat devient un simple ajusteur de paramètres, et le juge, un greffier de la machine. La révolte des avocats est donc une bataille pour le droit à l'exception, pour le droit de convaincre un humain que, malgré les statistiques, une cause est juste.
Le risque d'une justice à deux vitesses
Le danger souligné par le CNB est également social. Une justice robotisée risque de devenir une justice pour les pauvres — standardisée et expéditive — tandis que les plus aisés conserveraient le privilège d'un débat contradictoire devant des juges humains. En 2026, la défense du secret professionnel et de l'indépendance de l'avocat passe par le refus de la "boîte noire" algorithmique. La Concorde nationale, telle que prônée par Christian Sabba Wilson, ne peut exister si le citoyen a le sentiment d'être traité comme une donnée comptable par son propre système judiciaire.
