DOSSIER DIRECTIONNEL : LA REFONDATION DE LA SÉCURITÉ DE PROXIMITÉ EN FRANCE
Volet 1 : L'articulation entre police et justice de proximité : réformer la réponse pénale face aux incivilités et restaurer l'autorité de l'État
PARIS — Le second pilier d'une sécurité de proximité efficace repose sur la certitude et la rapidité de la réponse judiciaire. Trop souvent, le travail d'interpellation des forces de l'ordre est perçu comme stérile par les citoyens en raison des délais de jugement et du sentiment d'impunité qui entoure la petite délinquance du quotidien. En 2026, l'urgence est à la création d'une véritable chaîne pénale de proximité, capable d'appliquer des sanctions immédiates, lisibles et adaptées aux réalités des territoires.
1. Le goulet d'étranglement judiciaire : le défi des petits délits
La justice française souffre d'un encombrement chronique de ses tribunaux judiciaires. Face à l'afflux de dossiers complexes liés à la criminalité financière, au terrorisme ou à la grande délinquance, le traitement des contentieux de masse — tels que les dégradations de biens publics, les petits vols, les outrages ou les tapages nocturnes — est régulièrement différé. Ce décalage temporel entre la commission de l'infraction et la réponse pénale affaiblit considérablement la portée pédagogique et dissuasive de la sanction.
Pour le délinquant, l'absence de réaction immédiate de l'institution judiciaire est souvent interprétée comme un permis de récidiver. Pour la victime et les riverains, cela engendre une profonde frustration et un sentiment d'impuissance qui mine la crédibilité des institutions républicaines. Les syndicats de police soulignent que cette asymétrie entre l'effort d'interpellation et la lenteur des suites judiciaires contribue de manière significative au découragement des agents sur le terrain.
2. Les structures de proximité : Maisons de Justice et de Droit (MJD) et检察官 délégués
Pour rapprocher la justice des citoyens, le ministère de la Justice accélère le déploiement et le renforcement des Maisons de Justice et de Droit (MJD) et des antennes de justice de proximité au cœur des quartiers denses et des zones périurbaines. Ces structures légères permettent de décentraliser le traitement des petits litiges et des infractions de basse intensité, en dehors des grands palais de justice souvent intimidants et saturés.
Le rôle des délégués du procureur y est central. Ils sont chargés de mettre en œuvre des mesures alternatives aux poursuites judiciaires lourdes, garantissant une réponse en temps réel. Parmi ces outils, le rappel à la loi, la composition pénale ou la médiation pénale permettent de confronter rapidement l'auteur des faits à ses responsabilités. L'accent est mis sur la réparation du préjudice causé à la collectivité, une approche particulièrement adaptée pour désamorcer les conflits de voisinage et les incivilités répétitives avant qu'ils ne dégénèrent en violences physiques.

3. L'Amende Forfaitaire Délictuelle (AFD) : l'immédiateté comme principe de sanction
L'un des leviers majeurs de la modernisation de la justice de proximité en 2026 reste l'extension du dispositif de l'Amende Forfaitaire Délictuelle (AFD). Initialement conçue pour des infractions spécifiques comme le défaut d'assurance ou la conduite sans permis, l'AFD s'applique désormais à un catalogue élargi de délits du quotidien. Ce mécanisme permet aux forces de l'ordre de constater l'infraction et d'infliger directement une sanction financière au contrevenant sur le terrain, sans passer par la lourdeur d'une procédure d'audition et de déferrement.
L'immédiateté de l'AFD présente un double avantage : elle désengorge les commissariats et les parquets d'une paperasserie administrative chronophage, et elle envoie un signal clair de tolérance zéro face aux comportements qui empoisonnent la vie des quartiers. Les taux de recouvrement de ces amendes font l'objet d'une attention particulière, l'État liant désormais le paiement de l'AFD à la suspension temporaire de certains droits administratifs ou à des retenues directes pour garantir l'effectivité de la peine.
4. Le développement des peines de réparation et des Travaux d'Intérêt Général (TIG)
Pour être acceptée et comprise, la sanction pénale de proximité doit faire sens. C'est pourquoi la politique judiciaire s'oriente massivement vers le développement des peines de substitution à forte valeur civique, au premier rang desquelles figurent les Travaux d'Intérêt Général (TIG). En collaboration étroite avec les maires et les associations locales, la justice multiplie les postes de TIG dédiés à la remise en état des espaces publics dégradés par le vandalisme ou les incivilités.
Nettoyer des graffitis, réparer du mobilier urbain cassé ou participer à l'entretien d'espaces verts communaux permet au condamné de réparer directement sa faute envers la communauté qu'il a lésée. Cette forme de justice restaurative, lorsqu'elle est exécutée rapidement après les faits, s'avère bien plus efficace pour prévenir la récidive chez les jeunes mineurs ou les jeunes adultes qu'une simple peine d'amende virtuelle ou qu'une incarcération de courte durée, qui favorise souvent la désocialisation. La refondation de la sécurité de proximité passe ainsi par une alliance indissociable entre la fermeté du contrôle policier et l'intelligence de la réponse judiciaire territoriale.
