L'Europe face à ses miroirs brisés : Des dérives sénatoriales à la responsabilité historique, l'affaire Mbappé ou le symptôme d'une arrogance à amender
Par Christian Sabba Wilson
L’actualité récente offre parfois des spectacles aussi affligeants qu'instructifs, des moments de vérité où les masques de la suffisance institutionnelle se fendent pour révéler les vestiges d'une mentalité que l'on espérait révolue. Les attaques et les dérives discursives observées au sein de certaines commissions sénatoriales et cercles de pouvoir à l'encontre de Kylian Mbappé, le géant incontestable du football mondial, ne relèvent pas du simple débat d'idées ou de la critique sportive. Elles portent en elles les stigmates d’une bêtise crasse, d'un lambeau d'Europe sans élégance, sans hauteur morale, agissant comme le reflet d’un passé colonial et impérialiste fort peu glorieux. Traiter une icône planétaire, symbole de l’excellence et de l'émancipation de la jeunesse, avec une telle condescendance administrative est le signe d'une fracture profonde entre une Europe institutionnelle vieillissante et la réalité d'un monde multipolaire qui ne tolère plus ses donneurs de leçons.
Il est temps de poser les questions qui dérangent : et si l’Europe s’amendait enfin ? Et si le vieux continent reniait ces enfants sans contrôle, ces structures technocratiques et ces mentalités d'arrière-garde, reliques d'une Europe suffisante qui se croit encore le centre de gravité éthique du monde ? Ce mépris à peine voilé à l'égard de figures issues de la diversité culturelle et de la méritocratie populaire n'est pas un épiphénomène. Il s'inscrit dans une continuité historique dont l'Europe est pourtant comptable. On ne peut dissocier l'arrogance contemporaine de certains de ses représentants des dérives d’un passé colonial et esclavagiste qui a structuré, pendant des siècles, des rapports de domination basés sur l'asymétrie des pouvoirs et la hiérarchisation des individus.

Kylian Mbappé, par sa puissance athlétique, son indépendance financière et sa souveraineté communicationnelle, échappe aux grilles de contrôle traditionnelles des vieilles élites européennes. C'est précisément cette liberté absolue qui suscite la hargne des nostalgiques d'une époque où l'altérité devait être subordonnée ou encadrée. En s'attaquant à ce géant du sport moderne avec une légèreté qui frise l'indécence, ces instances révèlent leur propre anachronisme. L'Europe ne pourra retrouver sa grandeur et sa boussole morale qu'en faisant un examen de conscience authentique, en cessant de pointer du doigt ceux qui la bousculent, et en assumant pleinement la responsabilité de son histoire. Il est urgent de substituer à la suffisance du passé une éthique du respect et de l'égalité, sous peine de voir le continent définitivement disqualifié sur la scène des valeurs mondiales.
