Madagascar sous l'Apocalypse : Le Cyclone Gezani, Toamasina en Ruines et le Cri d'Alarme de la Grande Île
Le 28 Février 2026 : Le Silence après le Chaos
Dix-huit jours après que le cyclone tropical intense Gezani a déchiré la côte est de Madagascar, la ville de Toamasina (Tamatave) offre le visage d'un champ de bataille. En ce samedi 28 février, alors que les eaux commencent à se retirer, l'ampleur du désastre se révèle dans toute sa crudité. Ce n'est pas seulement une ville qui a été frappée, c'est le poumon économique de Madagascar qui a été asphyxié. OMONDO.INFO publie aujourd'hui un dossier spécial, fruit d'un reportage exclusif au cœur de la zone sinistrée.
1. La Nuit où Toamasina s'est Éteinte : Des Rafales à 250 km/h
Le mardi 10 février 2026, à 19h30, le temps s'est arrêté. Gezani, un monstre météorologique avec des vents soutenus dépassant les 200 km/h et des rafales enregistrées à 250 km/h, a touché terre de plein fouet sur Toamasina. Les témoignages recueillis par OMONDO sont glaçants : le vacarme du vent a été décrit comme celui d'un réacteur d'avion collé aux tympans.
En quelques heures, 75 % à 80 % de la ville a été détruite ou gravement endommagée. Les maisons traditionnelles, construites en bois, briques non cuites ou feuilles de ravenala, n'ont eu aucune chance. 90 % des toitures ont été arrachées, transformant les tôles galvanisées en projectiles mortels. Aujourd'hui, Toamasina est une forêt de poteaux électriques tordus et de débris, où 400 000 habitants tentent de survivre sans électricité et avec un accès dérisoire à l'eau potable.
2. Un Bilan Humain et Matériel qui donne le Vertige
Le dernier rapport du Bureau National de Gestion des Risques et des Catastrophes (BNGRC) est tombé ce matin. Le bilan est lourd, et encore provisoire :
- 62 décès confirmés (dont une majorité dans le district de Toamasina II).
- 15 disparus et plus de 800 blessés.
- 423 986 personnes sinistrées, soit plus de 100 000 ménages.
- 25 000 habitations totalement détruites et 27 000 autres inondées.
L'impact sur les services publics est catastrophique. Deux hôpitaux universitaires (CHU) ont été endommagés, rendant la prise en charge des blessés quasi impossible. Plus de 750 salles de classe ont été balayées, privant des dizaines de milliers d'enfants de leur scolarité. Pour OMONDO.INFO, la perte matérielle dépasse les 142 millions de dollars, une somme astronomique pour une économie déjà fragilisée par le passage du cyclone Fytia quelques jours plus tôt dans le Boeny.

3. L'Urgence Sanitaire : Le Spectre des Maladies Hydriques
La situation actuelle est une bombe à retardement. Avec la rupture totale des services d'eau potable, les habitants se tournent vers les puits souillés ou les eaux stagnantes des rues. Action contre la Faim et Médecins du Monde alertent sur une montée fulgurante des cas de diarrhée aiguë et un risque imminent d'épidémie de choléra.
Les équipes de secours, dont 15 membres de la protection civile française, travaillent d'arrache-pied pour installer des stations mobiles de potabilisation. Mais la logistique est un cauchemar : les routes nationales sont coupées par des éboulements et des arbres centenaires déracinés. Toamasina est devenue une île dans l'île, accessible principalement par les airs, alors que l'aéroport fonctionne en mode dégradé, réservé aux vols humanitaires.
4. Le Colonel Michaël Randrianirina face à la Crise
Sur le plan politique, le passage de Gezani est le premier grand test pour le Colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République. S'étant rendu sur place dès les premières heures, il a décrété l'état de "sinistre national".
Pour OMONDO, cette catastrophe est un défi de légitimité pour le nouveau pouvoir. Le colonel a lancé un appel vibrant à la solidarité internationale depuis les ruines du port de Toamasina : "La situation dépasse les capacités de Madagascar. Nous avons besoin de nos partenaires, non pas demain, mais maintenant." La réponse de la diaspora malgache à La Réunion et en France a été immédiate, mais l'aide des grands bailleurs de fonds (Banque Mondiale, Union Européenne) tarde à se transformer en cash liquide indispensable pour la reconstruction.

5. Géopolitique du Climat : Madagascar, Victime du Monde
Le dossier de OMONDO.INFO pose une question fondamentale : pourquoi Madagascar est-elle systématiquement le bouclier de l'Afrique contre les cyclones ? Avec le réchauffement des eaux de l'Océan Indien, les phénomènes comme Gezani gagnent en intensité à une vitesse folle (le cyclone est passé de catégorie 1 à 4 en moins de 24 heures).
Madagascar ne contribue quasiment pas aux émissions de gaz à effet de serre mondiales, mais elle en subit les conséquences les plus violentes. C'est l'injustice climatique pure. Sans une aide massive pour la construction d'infrastructures résilientes (écoles en béton armé, réseaux électriques enterrés), la Grande Île continuera de s'effondrer à chaque saison cyclonique, annihilant des années d'efforts de développement en une seule nuit.
6. Conclusion : Reconstruire sur des Décombres ou Réinventer ?
Toamasina finira par se relever, car le peuple malgache possède une résilience hors du commun. Mais à quel prix ? En ce 28 février, les habitants fouillent les décombres pour récupérer des morceaux de tôle et reconstruire des abris de fortune. Pour les lecteurs de OMONDO.INFO, Gezani doit être le signal d'un changement de paradigme. On ne peut plus se contenter d'envoyer des sacs de riz après la tempête. Il faut une véritable diplomatie du climat qui finance la protection structurelle des nations insulaires. Sinon, Toamasina ne sera bientôt plus qu'un souvenir.
