DOSSIER OMONDO : L’Ère de la Singularité Étatique : Gouverner à l’Heure de l’Intelligence Artificielle Générale (IAG)
Nous franchissons en ce 28 décembre 2025 le seuil d'une révolution qui dépasse par son ampleur l'invention de l'imprimerie ou de la machine à vapeur. L'émergence de ce que les experts appellent désormais l'Intelligence Artificielle Générale (IAG) — une IA capable d'égaler ou de surpasser l'humain dans la quasi-totalité des tâches cognitives — remet en cause le concept même de souveraineté étatique. En 2025, l'État n'est plus le seul détenteur de l'autorité ou de la vérité. Il se retrouve en compétition, et parfois en collaboration forcée, avec des modèles algorithmiques dont la puissance dépasse les capacités de compréhension de la classe politique traditionnelle.
Le déclin du monopole régalien sur l'information et la vérité
Historiquement, l'État s'est construit sur le contrôle du récit national et de l'information. Aujourd'hui, l'IAG a pulvérisé ce monopole. En quelques secondes, des modèles de langage ultra-sophistiqués peuvent générer des campagnes de désinformation indétectables, créant des réalités alternatives pour des segments entiers de la population. En 2025, la "vérité" est devenue une variable algorithmique. Les gouvernements luttent pour maintenir la cohésion sociale alors que la confiance dans les institutions s'effondre, minée par des "deepfakes" politiques et des manipulations cognitives de masse. La souveraineté ne se défend plus aux frontières physiques, mais dans l'espace informationnel, où chaque citoyen est une cible potentielle.
Cette situation force les démocraties à une mue douloureuse. Pour contrer l'IA malveillante, les États sont tentés de déployer leur propre "IA de contrôle", risquant de glisser vers un modèle de surveillance algorithmique proche du crédit social. Le débat de 2026 portera sur la définition d'un "Droit à la Réalité" : comment garantir que l'information reçue par le citoyen n'a pas été altérée pour influencer son vote ou son comportement de consommation ? Les parlements européens discutent déjà de lois imposant un "tatouage numérique" sur toute production humaine, mais la technologie de contournement évolue plus vite que la loi.
La fin du travail tel que nous le connaissons : le défi de la redistribution
L'impact de l'IAG sur le marché de l'emploi en 2025 n'est plus une prospective, c'est une réalité de terrain. Les professions intellectuelles, les cadres moyens, les avocats, les codeurs et les créatifs voient leurs tâches automatisées à hauteur de 60 à 80 %. Contrairement aux révolutions précédentes qui frappaient la force physique, celle-ci frappe l'intellect. Ce basculement engendre une crise de sens et une remise en question du modèle fondé sur le travail salarié. L'État providence, conçu pour une société industrielle, est structurellement incapable de répondre à ce choc.
En cette fin d'année, le concept de Revenu Universel de Progrès (RUP) s'impose dans les programmes politiques de 2026. Comment financer la solidarité nationale quand la valeur est créée par des serveurs et non plus par des humains ? La taxation des "dividendes de l'IA" devient le nerf de la guerre budgétaire. Les entreprises qui utilisent massivement l'IA générative accumulent des marges historiques, tandis que la base fiscale du travail s'érode. Si les États ne parviennent pas à capter cette rente technologique pour la redistribuer, le risque d'insurrection sociale ou de délitement de la classe moyenne est maximal. La stabilité des nations dépendra de leur capacité à inventer un nouveau contrat social post-travail.
L'IA, nouvel arbitre de la puissance diplomatique et militaire
Sur la scène internationale, l'IAG est le nouveau nucléaire. Les nations qui possèdent les plus grandes capacités de calcul (compute) et les modèles les plus avancés exercent une domination de fait sur les autres. Nous assistons à la naissance d'un "impérialisme algorithmique". Les États-Unis et la Chine se livrent une lutte acharnée pour attirer les talents et sécuriser les processeurs de dernière génération. En 2025, un État qui n'a pas sa propre IA souveraine est condamné à devenir un vassal technologique, dépendant des mises à jour et des biais idéologiques des modèles conçus à San Francisco ou Pékin.

Dans le domaine militaire, l'IAG a transformé la doctrine de combat. Les systèmes d'armes létaux autonomes (SALA) sont capables de prendre des décisions de tir en millisecondes, bien au-delà des capacités de réaction d'un pilote ou d'un officier. En 2025, la dissuasion repose moins sur le nombre de chars que sur la supériorité des algorithmes de coordination. Cette déshumanisation du champ de bataille pose des questions éthiques vertigineuses : qui est responsable d'un crime de guerre commis par une machine ? L'absence de traité international sur l'IA militaire fait de 2026 une année de tous les dangers, où une erreur de code pourrait déclencher une escalade automatique.
Conclusion : Le sursaut humaniste de 2026
Face à ce raz-de-marée technologique, l'État doit redevenir le garant de l'humain. La mission régalienne de 2026 sera de protéger l'intégrité cognitive des citoyens, d'assurer une redistribution équitable de la richesse algorithmique et de veiller à ce que l'IA reste un outil au service du bien commun plutôt qu'un maître invisible. La "Singularité Étatique" n'est pas une fatalité, mais un défi à la volonté politique. Le politique doit reprendre le pas sur le technologique pour s'assurer que dans ce nouveau monde, la machine reste un auxiliaire et l'humain, la finalité.
