Afrique et Développement Régional : Le grand tournant du marché unique de la ZLECAF et l'intégration des infrastructures de transport
L'entrée dans la phase opérationnelle du commerce sans frontières
La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) franchit en ce mois de septembre 2026 un seuil historique avec la levée effective des barrières tarifaires sur plus de 90 % des lignes marchandes échangées entre les 54 États membres de l'Union Africaine. Après des années de négociations techniques complexes sur les règles d'origine, les normes phytosanitaires et les mécanismes de compensation des pertes de recettes douanières pour les pays les moins avancés, le marché unique africain devient une réalité commerciale tangible pour les entreprises du continent.
Ce marché intégré de plus de 1,4 milliard de consommateurs représente un produit intérieur brut combiné de près de 3 400 milliards de dollars, plaçant l'Afrique en position de force dans les négociations commerciales internationales. L'objectif prioritaire de la ZLECAF est de porter le commerce intra-africain — qui ne représentait que 15 % des échanges totaux du continent au début de la décennie — à plus de 35 % d'ici 2030, en favorisant la transformation locale des matières premières et l'émergence de chaînes de valeur industrielles régionales.
La révolution des corridors de transport interconnectés et de la numérisation douanière
La concrétisation de la ZLECAF repose sur le déploiement accéléré des Grands Corridors de Transport Transafricains et sur la modernisation des infrastructures frontalières. Des projets emblématiques, tels que la rénovation des corridors ferroviaires et routiers reliant Abidjan à Lagos en Afrique de l'Ouest, ou le corridor de Lobito reliant l'Angola aux zones minières de République Démocratique du Congo et de Zambie, transforment la logistique continentale. La réduction des temps de transit aux frontières — passant de plusieurs jours à quelques heures seulement — constitue le gain de productivité le plus immédiat pour les transporteurs et les marchands locaux.

Cette fluidification physique est amplifiée par l'interconnexion numérique des systèmes douaniers nationaux via la plateforme Panafricaine de Paiement et de Règlement (PAPSS). Ce système permet aux PME africaines d'effectuer des transactions commerciales transfrontalières en leurs monnaies nationales respectives, sans dépendre du dollar ou de l'euro, réduisant ainsi considérablement les frais de change et les délais de règlement interbanques.
Défis structurels : souveraineté industrielle, sécurité et disparités régionales
Malgré ces avancées remarquables, le succès à long terme de la ZLECAF dépendra de la capacité des États à surmonter de lourds défis structurels. Le manque de diversification des économies africaines, encore largement dominées par l'exportation de matières premières brutes à faible valeur ajoutée, limite la complémentarité immédiate des échanges entre pays voisins. De plus, les disparités de niveau d'industrialisation entre des géants économiques comme l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Égypte ou le Kenya et les pays enclavés risquent d'engendrer des polarisations d'activités contestées politiquement.
Enfin, la persistance d'inégalités sécuritaires dans plusieurs régions d'Afrique centrale et du Sahel constitue une menace constante pour la sûreté des corridors commerciaux. Les dirigeants africains doivent faire preuve d'une volonté politique sans faille pour garantir l'harmonisation réglementaire, protéger les investissements intracontinentaux et bâtir une prospérité partagée fondée sur la souveraineté économique et l'intégration régionale.
