Éducation nationale – Réforme des collèges et grogne sociale, le point sur les mobilisations en France
Les points de crispation de la nouvelle architecture scolaire
Le ministère de l'Éducation nationale fait face à une vague de contestation d'une ampleur inédite en cette fin d'année scolaire 2026. À l'origine de la colère des personnels enseignants et des fédérations de parents d'élèves : l'application de la phase 2 de la réforme des collèges, qui réorganise en profondeur la répartition des élèves au sein des établissements publics. La mesure phare, consistant à instaurer des groupes de niveau obligatoires pour les enseignements de mathématiques et de français, est jugée par les syndicats comme une forme de ségrégation scolaire précoce qui stigmatise les élèves en difficulté.
L'exécutif défend quant à lui une volonté d'optimisation des parcours pédagogiques, affirmant que l'enseignement personnalisé permet de redonner de l'élan aux élèves fragiles tout en stimulant les profils les plus avancés. Cet argumentaire peine à convaincre sur le terrain, où les chefs d'établissement dénoncent un manque flagrant de moyens humains et budgétaires pour concevoir des emplois du temps cohérents. Le taux d'absentéisme et les préavis de grève reconductibles perturbent fortement la tenue des conseils de classe et la préparation des examens de fin d'année.

La question centrale de la mixité sociale et territoriale
Au-delà de la réorganisation des cours, la réforme bouscule les critères d'affectation géographique et la gestion de la carte scolaire. Le gouvernement souhaite imposer des quotas de mixité sociale au sein des collèges les plus réputés des centres-villes, forçant le rapprochement d'établissements issus de zones d'éducation prioritaire (REP+) avec des structures plus favorisées. Si l'objectif affiché de cohésion sociale est partagé par l'ensemble des acteurs, les modalités concrètes de transport et d'accompagnement péri-éducatif suscitent l'inquiétude des familles.
Les manifestations qui traversent les grandes métropoles françaises (Paris, Lyon, Marseille, Lille) témoignent d'une crise de confiance plus globale envers la gestion de la fonction publique d'éducation. Les revalorisations salariales accordées au début de la décennie sont jugées insuffisantes face à l'inflation persistante et à la perte d'attractivité du métier d'enseignant. Le dialogue entre la rue de Grenelle et les organisations syndicales est actuellement rompu, chaque camp attendant les arbitrages de Matignon pour sortir de cette impasse sociale majeure.
