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Éditorial : Le Train du Malaise – Quand l’Enfance devient une "Nuisance" Sonore

Éditorial : Le Train du Malaise – Quand l’Enfance devient une "Nuisance" Sonore

L’Enfant, ce nouveau "Passager Clandestin" de la Modernité

Le débat qui agite la France ce 27 janvier 2026 laisse un goût amer. L’idée, de plus en plus partagée, de sanctuariser des "zones de silence" ou des rames de trains interdites aux enfants ne relève plus de la simple organisation du confort ; elle signe une rupture anthropologique majeure. En voulant extraire les pleurs, les rires ou simplement l’agitation naturelle de la jeunesse de nos espaces publics, nous ne protégeons pas le calme, nous organisons l'exclusion de la vie elle-même.

Une société de "confort" contre une société de "transmission"

Le paradoxe est frappant. Dans un pays qui s'alarme légitimement de l'effondrement de sa courbe de natalité, où l'on multiplie les discours sur la "réarmement démographique", nous laissons s'installer une culture de l'évitement. Si l'enfant est perçu comme une nuisance sonore au même titre qu'un smartphone mal réglé, quel message envoyons-nous aux jeunes parents ?

Ces mesures, sous couvert de liberté individuelle et de droit au repos, tendent à rendre l'enfant "impopulaire", voire inutile dans l'espace social. On demande aux familles de s'excuser d'exister, de se terrer dans des wagons-ghettos pour ne pas heurter la tranquillité de voyageurs hyper-connectés et de plus en plus intolérants à l'altérité.

Où est la morale dans ce "monde sans bruit" ?

Quelle est cette morale qui privilégie le silence d'un casque à réduction de bruit sur la présence d'un futur citoyen ? Une société qui ne supporte plus le bruit de ses enfants est une société qui ne supporte plus son avenir. En déshumanisant les transports, en segmentant les rames par "catégories de nuisances", nous déchirons le tissu du vivre-ensemble.

L’apprentissage de la vie en société commence pourtant là : dans la patience du voyageur face au nourrisson, et dans l'effort des parents pour éduquer. Supprimer cette interaction, c'est choisir un monde lisse, aseptisé, mais désespérément stérile.

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Quel pays voulons-nous pour demain ?

Si nous continuons à multiplier ces symboles d'exclusion, nous finirons par construire des villes-musées habitées par des solitudes protégées. Nous avons besoin d'enfants, non pas comme des accessoires de décoration sociale, mais comme le moteur même de notre vitalité et de notre solidarité intergénérationnelle.

Il est temps de sortir de ce malaise. Redonnons aux enfants leur droit de cité, jusque dans les rames de nos trains. Car au bout du tunnel de ce "confort" égoïste, il n'y a que le silence d'un pays qui s'éteint.

Christian Sabba Wilson, auteur éditorialiste 

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