L’État face au miroir de la violence : Le périlleux devoir d’impartialité
Par Christian Sabba Wilson , Directeur de la Rédaction, Omondo.info
En ce 23 février 2026, alors que les secousses telluriques de l’actualité mondiale — de la chute des cartels mexicains aux tensions diplomatiques dans le triangle Lyon-Rome — font vibrer les fondations de nos sociétés, une question lancinante s’impose à nous : quelle place reste-t-il pour l’État ? Plus précisément, comment la puissance publique peut-elle encore prétendre à son rôle de rempart contre la violence lorsqu’elle est elle-même sommée de choisir son camp dans une arène médiatique et politique qui ne tolère plus la nuance ?
Le devoir d’impartialité n’est plus une simple vertu administrative ou une règle de déontologie juridique ; c’est devenu le défi existentiel de l’État moderne. Dans un monde saturé d’algorithmes de polarisation (comme nous l'avons analysé dans notre dossier sur le procès de Los Angeles), l’impartialité est perçue, à tort, comme de la faiblesse. Pourtant, elle est l’unique clé de voûte de la paix civile.
Le monopole de la violence légitime à l’épreuve du soupçon
Depuis Max Weber, nous savons que l’État se définit par le « monopole de la violence physique légitime ». Mais en 2026, cette légitimité ne va plus de soi. Elle est contestée, filmée, disséquée et souvent déformée par le prisme des réseaux sociaux. Chaque intervention des forces de l’ordre, chaque décision de justice est immédiatement passée au crible de l’appartenance politique ou idéologique.
Lorsqu’un drame survient, comme l’affaire Quentin Deranque qui secoue actuellement la France et l’Italie, l’État est attendu au tournant de sa neutralité. S’il semble protéger les siens au détriment de la vérité, il perd sa substance. S’il cède à la pression de la rue ou des chancelleries étrangères avant même que les faits ne soient établis, il abdique sa souveraineté. L’impartialité, c’est cette capacité de l’État à suspendre son jugement, à protéger l’enquête contre le tumulte, et à garantir que la force ne sera utilisée que pour servir le droit, et non pour apaiser une émotion passagère.

La violence systémique et le piège du campisme
La violence que l’État doit combattre aujourd’hui n’est plus seulement physique. Elle est informationnelle, économique et psychologique. Face au chaos qui règne au Mexique après la fin d'El Mencho ou face à l'addiction numérique des mineurs, l'État est souvent accusé de partialité parce qu'il refuse de désigner un bouc émissaire unique.
Le devoir d’impartialité impose de regarder la réalité en face : la violence est souvent le fruit de défaillances systémiques. Lutter contre elle, ce n’est pas seulement réprimer, c’est aussi réguler. Mais réguler sans favoriser. Lorsque l'État intervient dans le secteur des télécoms (comme dans le dossier Orange-Globecast), il doit le faire au nom de la sécurité nationale — un intérêt supérieur et neutre — et non au nom d'intérêts industriels particuliers. C’est là que le citoyen attend l’État : dans sa capacité à être un arbitre dont la main ne tremble pas, parce qu’elle n’est tenue par aucun lobby.
L’impartialité n’est pas le silence
Beaucoup confondent impartialité et neutralité passive. Christian Sabba et la rédaction d'Omondo.info soutiennent le contraire : l’impartialité est une forme d’action. C’est le courage de dire « non » aux injonctions de l’immédiateté. C’est la force de maintenir des ponts diplomatiques là où tout le monde réclame des murs.
Regardez les négociations de paix en Ukraine ou le dialogue nucléaire avec l’Iran. Si les États médiateurs perdent leur impartialité, la table de négociation s’effondre. L’impartialité est le langage commun de ceux qui ne s’entendent sur rien d’autre. Si l’État renonce à être cet espace tiers, ce lieu où le droit prévaut sur la force, alors nous basculons définitivement dans la loi du plus fort, celle des cartels et des algorithmes.
La dérive de l'État-spectacle : Le danger de plaire
Le plus grand danger qui guette nos démocraties en 2026 est la tentation de l'État de devenir un acteur du spectacle. Pour paraître « proche du peuple », certains dirigeants sacrifient l’impartialité de l’institution sur l’autel de la popularité. On réclame des déportations massives pour rassurer une opinion inquiète, on durcit les lois sans discernement.

Mais un État qui cherche à plaire est un État qui finit par trahir. La lutte contre la violence demande de la froideur, de la rigueur et une équité absolue. Que l’on soit riche ou pauvre, citoyen ou étranger, le droit doit s'appliquer avec la même cécité sélective. C’est cette « aveuglement » du droit qui garantit que personne n’est au-dessus, et que personne n’est en dessous de la protection de l’État.
Conclusion : Restaurer le contrat social
Le contrat social est aujourd'hui effiloché. Les citoyens ne craignent pas seulement la violence des autres, ils craignent l'arbitraire de l'État. Pour restaurer la confiance, l’État doit redevenir cet arbitre impartial, capable de protéger les mineurs des dérives technologiques tout en garantissant la liberté d'expression ; capable de sécuriser ses frontières sans sacrifier son humanité ; capable de projeter sa force sans jamais l'exercer par vengeance.
Chez OMONDO.INFO, nous croyons que l’information est le premier pas vers cette impartialité. En vous livrant les faits bruts, analysés avec recul et sans complaisance, nous participons à cet effort collectif. L'État a un devoir de justice ; nous avons un devoir de vérité. Les deux sont les deux faces d'une même pièce : celle de la civilisation face à la barbarie.
Le chemin est étroit, le vent est contraire, mais l'impartialité reste la seule boussole fiable dans la tempête de 2026.
