Budget 2026 : Le 49.3 de Sébastien Lecornu ou la fin de l'illusion parlementaire ?
L’acte de force au sommet de l’État
Ce mardi 3 février 2026, l’hémicycle de l’Assemblée nationale a été le théâtre d’un dénouement prévisible mais brutal. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, après seulement quelques minutes de discours sous les huées de l'opposition, a engagé la responsabilité de son gouvernement en vertu de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution sur le volet "dépenses" du Projet de Loi de Finances (PLF) 2026.
Cet acte marque la fin d'un marathon législatif de trois mois où chaque ligne budgétaire a été contestée. Dans un contexte de fragilité économique persistante, le gouvernement Lecornu a choisi la voie de l’autorité pour garantir la continuité de l’État. Mais derrière cet outil constitutionnel, c’est une fracture profonde qui se dessine entre l’exécutif et une représentation nationale de plus en plus atomisée.
Une équation budgétaire impossible
Le Budget 2026 n’est pas un budget comme les autres. Il intervient alors que la France est sous la surveillance étroite des agences de notation et de la Commission européenne. Avec une dette qui frôle les 115 % du PIB, la marge de manœuvre était quasi inexistante. Le texte adopté de force prévoit des économies drastiques de l'ordre de 25 milliards d'euros, touchant principalement le fonctionnement des ministères non régaliens et les collectivités locales.
Cependant, pour calmer les critiques, le gouvernement a maintenu des investissements massifs dans deux secteurs clés : la Défense (loi de programmation militaire oblige) et la Transition Écologique. Cette "double détente" budgétaire est jugée illisible par les économistes de la Cour des Comptes, qui pointent un risque de dérapage si la croissance, prévue à 1,1 %, ne se maintient pas.

La motion de censure : l’épée de Damoclès
L'opposition, de l'extrême gauche à l'extrême droite, a déjà annoncé le dépôt de deux motions de censure croisées. Si le gouvernement semble avoir sécurisé quelques voix chez les Indépendants, le risque de chute n'a jamais été aussi élevé depuis le début de la législature. Pour OMONDO.INFO, ce passage en force témoigne d'une usure institutionnelle. La France entre dans une zone de turbulences où la légitimité de la loi ne repose plus sur le vote, mais sur la survie technique d'un cabinet ministériel.
