Aqababe : l’influenceur et l’affaire Dupont de Ligonnès, quand le buzz devient enquête
Le monde des réseaux sociaux a connu un séisme inattendu avec l’entrée fracassante de l’influenceur Aqababe dans l’affaire Dupont de Ligonnès, l’un des plus grands mystères criminels français de ces dernières décennies. Aniss Zitouni, alias Aqababe, a mobilisé sa communauté pour tenter de résoudre le quintuple meurtre de Nantes et la disparition du principal suspect, Xavier Dupont de Ligonnès. Ce mélange inédit entre buzz numérique, enquête citoyenne et investigation médiatique interroge sur les nouveaux pouvoirs des influenceurs et les limites de la justice à l’ère d’internet.
Tout commence par une « blague » sur les réseaux : Aqababe, suivi par plus d’un million d’abonnés, lance un appel à ses fans pour recueillir des informations sur l’affaire Dupont de Ligonnès. Rapidement, des centaines de milliers de témoignages affluent, certains farfelus, d’autres troublants. L’influenceur affirme avoir trié et analysé ces données en dix jours, au grand dam des enquêteurs officiels, qui voient d’un mauvais œil cette intrusion dans une enquête judiciaire sensible.
Le phénomène prend de l’ampleur. Les médias traditionnels s’en emparent, invitant Aqababe sur les plateaux pour raconter sa démarche. Des internautes se lancent dans des recherches parallèles, traquant la moindre piste, scrutant les archives, croisant les indices. Des forums d’enquêteurs amateurs se forment, certains allant jusqu’à se rendre sur les lieux du drame pour tenter de retrouver la trace du fugitif.
Ce buzz inédit pose plusieurs questions majeures. D’abord, celle de la légitimité : un influenceur peut-il se substituer à la police et à la justice ? La mobilisation citoyenne peut-elle faire avancer une affaire ou, au contraire, brouiller les pistes et gêner l’enquête ? Ensuite, celle de la responsabilité : en diffusant des informations non vérifiées, en encourageant la chasse à l’homme virtuelle, Aqababe prend-il le risque de propager de fausses pistes, de nuire à des innocents ou de relancer la douleur des familles ?

Les autorités rappellent que la justice ne se rend pas sur Instagram ou TikTok. Les enquêteurs mettent en garde contre les dérives du « crowdsourcing » judiciaire, qui peut générer des accusations infondées, des violations de la vie privée et des interférences avec le travail des professionnels. Mais le mouvement est lancé, et il révèle une nouvelle réalité : le pouvoir des influenceurs à fédérer, à mobiliser et à orienter l’opinion publique, parfois bien au-delà des médias traditionnels.
Pour Aqababe, l’affaire est aussi une démonstration de force. Il revendique sa capacité à « gratter du buzz sur le buzz », à faire parler de lui et à peser sur l’agenda médiatique. Mais il se défend de toute volonté de nuire : « Je veux juste aider à faire avancer la vérité », affirme-t-il. Les familles des victimes, elles, oscillent entre espoir et exaspération, redoutant que la médiatisation à outrance ne transforme leur drame en spectacle permanent.
L’affaire Dupont de Ligonnès, relancée par Aqababe, illustre les nouvelles frontières de l’information à l’ère numérique. La frontière entre journalisme, influence et enquête citoyenne devient poreuse. Les réseaux sociaux, capables du meilleur comme du pire, s’imposent comme des acteurs incontournables de la vie publique, capables de mobiliser des foules, de relancer des affaires oubliées, mais aussi de propager rumeurs et fausses nouvelles.
Au final, le buzz autour d’Aqababe et de l’affaire Dupont de Ligonnès pose une question cruciale : qui fait l’enquête aujourd’hui ? La police, les journalistes, les citoyens connectés, ou les influenceurs ? Et à qui revient la responsabilité de la vérité ? Ce nouveau paysage médiatique, aussi fascinant qu’inquiétant, oblige à repenser les règles du jeu, la déontologie et les garde-fous nécessaires pour préserver la justice et la dignité des victimes.
