Élections législatives à la Barbade : Le duel Mottley-Thorne sous haute tension pour l'avenir de la République
Le grand jour de la démocratie bajan
Ce mercredi 11 février 2026, les rues de Bridgetown ne bruissent pas seulement du bruit des vagues. Depuis l'ouverture des bureaux de vote à 6 heures du matin, une effervescence particulière règne sur l'île. Près de 260 000 électeurs sont appelés à choisir les 30 membres de l'Assemblée nationale. Mais au-delà des sièges, c'est le destin de la jeune République, proclamée en 2021, qui se joue. Pour la Première ministre Mia Amor Mottley, l'enjeu est de taille : obtenir un troisième mandat consécutif historique pour le Barbados Labour Party (BLP).
Mia Mottley : L'icône mondiale face au défi domestique
Sur la scène internationale, Mia Mottley est une star. Sa voix porte à l'ONU pour réclamer une justice climatique pour les petits États insulaires. Mais à l'intérieur de la Barbade, le vernis craque. Bien que son gouvernement ait mené la transition vers la République avec brio, les critiques se cristallisent sur la gestion du quotidien.
L'inflation galopante et le prix de l'énergie ont durement frappé les ménages bajans. Malgré une croissance du PIB projetée à 4,3 % pour 2026, le sentiment que les fruits de cette croissance ne bénéficient qu'à une élite ou au secteur touristique haut de gamme est prédominant. Mottley a tenté de désamorcer cette colère lors de son dernier grand meeting à Bush Hall, promettant une baisse de la TVA à 15 % et des investissements massifs dans l'accession à la propriété pour les jeunes.
Ralph Thorne : L'homme qui veut briser le monopole
Face à elle, le paysage politique a radicalement changé. Après deux élections (2018 et 2022) où le BLP avait raflé la totalité des 30 sièges, laissant le pays sans opposition parlementaire officielle, un homme a brisé le silence. Ralph Thorne, ancien membre du BLP passé à l'opposition en 2024, mène aujourd'hui le Democratic Labour Party (DLP).
Thorne a axé sa campagne sur le thème de la "restauration démocratique". Il accuse Mottley de dérive autoritaire et de "gouvernance par décret". Sa proposition phare ? Une réforme institutionnelle pour garantir que plus aucun parti ne puisse contrôler 100 % du Parlement, un scénario qu'il qualifie de "tyrannie de la majorité". Il a également soulevé des doutes sur la régularité des listes électorales, demandant un report du scrutin que la Première ministre a fermement rejeté.
L'économie au cœur des urnes : La fracture sociale
Le débat électoral de 2026 a mis en lumière une Barbade à deux vitesses. D'un côté, le projet "Future Barbados" porté par le gouvernement, misant sur l'intelligence artificielle, l'économie bleue et les énergies renouvelables. De l'autre, la réalité des quartiers populaires de Saint-Michael où le chômage des jeunes reste une plaie ouverte.
L'opposition souligne que la dette publique, bien que stabilisée, reste un fardeau qui limite les capacités d'investissement dans les services de base comme la santé et la distribution d'eau, un sujet récurrent de mécontentement dans les paroisses rurales. La promesse de Thorne de supprimer les taxes sur les ordures et les égouts (GSC) a trouvé un écho favorable auprès des classes moyennes étouffées par la pression fiscale.

Une élection sous l'œil du monde
La Barbade est devenue un laboratoire politique. Première monarchie à être devenue république au XXIe siècle sous l'égide de Mottley, son succès ou son échec est scruté par d'autres nations des Caraïbes comme la Jamaïque ou les Bahamas, qui envisagent de suivre le même chemin.
Les observateurs de la CARICOM et de l'Organisation des États Américains (OEA) ont noté une participation robuste en début de matinée, signe que les citoyens sont conscients de l'importance du moment. Mia Mottley a voté vers 10 heures, déclarant : « Le peuple de la Barbade sait qui a tenu la barre pendant la tempête COVID et qui a l'expérience pour naviguer dans l'incertitude mondiale. »
Conclusion : Un verdict attendu dans la nuit
Les bureaux de vote fermeront à 18 heures, et les premiers résultats significatifs ne sont pas attendus avant minuit. Si les sondages donnent toujours un avantage au BLP, l'ampleur de la majorité est la grande inconnue. Une victoire étriquée de Mottley sonnerait comme un avertissement, tandis qu'une percée significative de Thorne marquerait le retour d'un véritable bipartisme sur l'île.
Pour OMONDO.INFO, cette élection est le test ultime pour Mia Mottley. Saura-t-elle transformer son aura de "championne du climat" en une réussite sociale palpable pour chaque Bajan ? Le verdict des urnes nous le dira demain.
