Adieu à Michel Portal : Le souffle de la liberté s'éteint pour le géant du jazz et de la clarinette
La fin d'une époque pour la scène musicale mondiale Le monde de la culture s'est réveillé avec une immense tristesse ce 16 février 2026. Michel Portal, l'un des musiciens les plus complets et les plus inclassables de son siècle, s'est éteint à l'âge de 90 ans. Clarinettiste virtuose, saxophoniste de génie et compositeur multi-récompensé, il laisse derrière lui un vide abyssal dans le paysage du jazz, mais aussi de la musique classique et du cinéma. Pour OMONDO.INFO, retracer la carrière de Michel Portal, c'est explorer un demi-siècle de révolutions sonores où la seule règle était l'absence de frontières. "Je suis un sauvage qui cherche la lumière dans le son", disait-il souvent. Cette lumière s'est tamisée, mais son écho résonnera encore longtemps.
Un virtuose entre deux mondes : du Conservatoire au Free Jazz Né à Bayonne en 1935, Michel Portal a d'abord été le pur produit de l'excellence académique française. Premier prix de clarinette au Conservatoire de Paris en 1959, il aurait pu se contenter d'une carrière royale dans les plus grands orchestres symphoniques. Mais le carcan de la partition écrite était trop étroit pour son souffle incandescent. Dès les années 60, il devient le pionnier du "Free Jazz" européen avec son disque fondateur de 1965. Il a prouvé que le jazz n'était pas qu'une importation américaine, mais une langue universelle que l'Europe pouvait réinventer. Avec le "Michel Portal Unit", il a dynamité les codes, mélangeant l'improvisation radicale avec une sensibilité européenne héritée de Debussy ou de Boulez, avec qui il a d'ailleurs étroitement collaboré.
Le compositeur de l'image : un maître des César Le grand public connaissait peut-être Portal sans le savoir à travers ses musiques de films. Récompensé par trois César (notamment pour Le Retour de Martin Guerre en 1983, Les Cavaliers de l'orage en 1985 et Champ d'honneur en 1988), il possédait un don rare : celui de traduire l'indicible d'une scène en une ligne de clarinette basse mélancolique ou un éclat de saxophone alto. Sa collaboration avec le cinéma n'était pas une simple commande commerciale, mais une extension de son art de l'improvisation. Pour lui, l'image était un partenaire de jeu, une partition visuelle à laquelle il répondait avec une justesse émotionnelle qui forçait l'admiration des plus grands réalisateurs.

L'héritage d'un "éternel jeune homme" Ce qui frappait chez Michel Portal, même à 90 ans, c'était sa curiosité insatiable. Il fuyait la nostalgie comme la peste. Jusqu'à ses derniers jours, il s'entourait de la jeune garde du jazz mondial, de Bojan Z à Vincent Peirani, cherchant toujours à être surpris, bousculé. Pour OMONDO.INFO, Portal incarne cette France créative, ouverte sur le monde, capable de marier la rigueur technique la plus absolue à la liberté la plus sauvage. Les hommages qui affluent de la Philharmonie de Paris jusqu'aux clubs de jazz de New York témoignent de l'impact planétaire d'un homme qui n'a jamais accepté de choisir entre Mozart et l'avant-garde. Son dernier souffle aura été, comme toute sa vie, un acte de liberté.
